Des bureaux fédéraux convertis en logements à Belleville
14 juin 2024
EN BREF
- Deux amis possédant des compétences et des expertises complémentaires ont fait équipe afin d’accroître les possibilités de logement pour les Autochtones de Belleville.
- L’Initiative des terrains fédéraux a permis d’aménager 38 logements dans un ancien immeuble de service fédéral converti à cette fin.
- Trois Premières Nations partenaires détiennent et exploitent maintenant ce nouvel ensemble résidentiel. Il s’agit d’une collaboration et d’une occasion sans précédent pour les communautés qui souhaitent favoriser une durabilité et une prospérité multigénérationnelles.

Une ligue de hockey, un ami commun et une passion partagée pour la résolution de la crise du logement au Canada. Ce sont ces éléments qui ont rapproché Rick Summers et Frank Horn.
Six ans plus tard, ils célèbrent l’ouverture d’un ensemble résidentiel unique en son genre à Belleville, en Ontario.
Une initiative visant à explorer des façons de créer plus de logements pour les Autochtones vivant hors réserves en régions urbaines a abouti à la transformation d’un ancien immeuble de service fédéral en 38 nouveaux logements. Celle-ci a également favorisé une collaboration sans précédent entre 3 communautés des Premières Nations.
Quand de grands esprits se rencontrent

Rick Summers, premier dirigeant de Summers & Co, connaît bien le domaine du réaménagement urbain. Convaincu que les villes sont jugées principalement sur l’état de leur centre-ville, Rick a passé près de 20 ans à favoriser les relations avec les acteurs municipaux afin de les aider à concrétiser leur vision. C’est ainsi que plusieurs bâtiments historiques ont été transformés, y compris un ancien hôtel à Oshawa qui a été converti en un ensemble de 86 logements à usage mixte et un immeuble de Peterborough qui abrite maintenant 37 appartements de type loft, ainsi que des commerces au rez-de-chaussée.
Dans le cas d’une nouvelle construction, il peut s’écouler jusqu’à 5 ans avant que les résidents puissent emménager... Ce projet, de l’obtention du permis à l’emménagement, a été achevé en un an.

Pendant la même période, Asennaienton Frank Horn établissait des liens entre les communautés autochtones de l’Ontario et les programmes de la SCHL en vue d’améliorer les conditions de logement dans les réserves. Il a pu constater de première main les difficultés rencontrées par les communautés et a acquis une connaissance approfondie des problèmes de logement auxquels les membres sont confrontés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des réserves. En tant que directeur d’Indigi-Solutions Consulting, il continue de promouvoir des changements positifs pour les communautés autochtones de l’Île de la tortue.
Ayant forgé des relations durables dans toute la province, Frank et Rick cherchaient à avoir un impact plus important sur les Autochtones des zones urbaines et ont reconnu les possibilités de ce qu’ils pouvaient réaliser, ensemble.
Le bon programme, le bon bâtiment, le bon moment
C’est à l’époque où Frank et Rick se sont rencontrés que l’Initiative des terrains fédéraux a été lancée. L’initiative de la Stratégie nationale sur le logement fournit des terrains fédéraux à coût fortement réduit ou nul. Le terrain et toute propriété existante sont ensuite développés ou rénovés en tant que logements abordables. Dans le cadre du transfert des terrains, les promoteurs acceptent de respecter des normes en matière d’abordabilité, de durabilité, d’accessibilité et d’inclusion sociale.
Rick et Frank ont passé en revue la liste des propriétés disponibles et ont commencé à évaluer certaines d’entre elles.
L’immeuble qui s’est le plus démarqué était un ancien bâtiment de Service Canada à Belleville.
Besoins impérieux en matière de logement à Belleville
- Lors du recensement de 2021, un peu plus de 53 000 personnes résidant à Belleville ont été évaluées comme ayant des besoins impérieux en matière de logement, soit 9,8 % de la population de la ville.
- Parmi les Autochtones vivant dans cette ville et ayant été évalués, 14,8 % ont été considérés comme ayant des besoins impérieux en matière de logement.
Rick a immédiatement reconnu le potentiel de ce bâtiment construit en 1990.
« C’est un immeuble très solide. »
Frank était lui aussi d’accord : « La propriété est située au cœur de la ville, près de nombreuses commodités, et le bâtiment lui-même est fantastique ».
Chaque tour de l’horloge fait avancer l’histoire.
L’étape suivante consistait à trouver une communauté des Premières Nations intéressée par le réaménagement de la propriété de Belleville.
Frank a contacté des clients qui, selon lui, seraient réceptifs à l’idée, « ou, à tout le moins, répondraient à mon appel », dit-il en riant.
La Première Nation de Garden River est celle qui a manifesté le plus d’intérêt. Toutefois, estimant que le projet était trop important pour qu’elle l’entreprenne seule, la communauté a contacté la Première Nation crie de Missanabie afin d’envisager un partenariat. C’était une bonne solution.
À l’approche de la date limite de soumission des demandes pour l’Initiative des terrains fédéraux, Frank a répondu aux questions et aux préoccupations des deux communautés et a commencé à rédiger une lettre d’intention.
« L’échéance arrivait à grands pas », explique-t-il.

Les deux communautés ont fait part d’une préoccupation majeure.
Elles nous ont dit : « Cette situation nous met un peu mal à l’aise. Nous sommes des Cris. Nous sommes des Ojibwés. Nous soumettons une demande pour une belle propriété à Belleville, en Ontario. C’est le territoire des Mohawks. Si les Mohawks de Tyendinaga ou les Mohawks de la baie de Quinte sont d’accord, Frank, nous le sommes aussi ».
Rick et Frank ont à nouveau pris le téléphone et ont présenté l’idée au chef de la Première Nation de Tyendinaga.
« Il a bien compris la situation », indique Frank.
L’étape finale a consisté à réunir les 3 communautés.
« Nous étions sur le point de nous lancer dans un partenariat et nous devions apprendre à nous connaître », explique-t-il.
De plus, alors que Frank avait des liens avec les 3 communautés, Rick était relativement nouveau dans le groupe.
« Mais ce qui nous a tous réunis, c’est le bâtiment, le partenariat et la nécessité de fournir des logements abordables. C’était le point de départ de tous nos efforts », ajoute Frank.
À la onzième heure, la lettre d’intention entre les 3 communautés a été signée et Rick a finalisé la demande pour l’Initiative des terrains fédéraux.
En l’espace de 6 semaines environ, on avait écrit une page d’histoire.
Ce projet est une véritable licorne. Il est unique en son genre du point de vue de l’unité autochtone. Il n’existe rien de tel ailleurs.
Un partenariat exceptionnel
« Un groupe de Mohawks, de Cris et d’Ojibwés et un non-autochtone comme Rick qui s’associent, c’est du jamais vu », souligne Frank.
« Ce sont le partenariat, le besoin et la vision qui sont l’arme secrète. »
Et l’histoire ne se termine pas là.
« La Nation métisse de l’Ontario sera le gestionnaire immobilier de l’immeuble », explique-t-il.
« Ce projet est une véritable licorne. Il est unique en son genre du point de vue de l’unité autochtone. Il n’existe rien de tel ailleurs. »
Une transformation rapide
Rick était très enthousiaste à l’idée de commencer à travailler sur la transformation.
« Dans le cas d’une nouvelle construction, il peut s’écouler jusqu’à 5 ans avant que les gens puissent emménager », explique-t-il.
« Ce projet, de l’obtention du permis à l’emménagement, a été achevé en un an. »
Cela est dû en grande partie à la propriété.
Summers & Co a travaillé avec un bâtiment existant, ce qui a permis de réduire le nombre d’autorisations de planification nécessaires.
Le bâtiment bénéficiait d’un bon éclairage naturel, ce qui est souhaitable pour des logements.
Le rez-de-chaussée se prêtait bien à l’aménagement d’un espace commercial et il y avait un stationnement souterrain.
Ces éléments ont permis à l’équipe d’économiser du temps et de l’argent et d’investir dans divers éléments compatibles avec le climat, tels que des panneaux solaires, des fenêtres à haut rendement et une terrasse sur le toit.

Un atout précieux
Vingt des 38 logements seront abordables, et les autres seront offerts au prix du marché.
Les logements seront offerts aux 3 communautés des Premières Nations, de manière égale.
« Ces partenaires des Premières Nations ne seront pas seulement des locataires, ils seront également en charge et bénéficieront de l’avantage d’avoir un bel actif dans leur bilan », déclare Frank. « Lorsque l’actif prend de la valeur au fil du temps, ils en profitent. »
« Comment pouvons-nous faire plus? »
Rick et Frank n’auraient pas pu souhaiter une meilleure réaction de la part des partenaires.
« Ils sont ravis », de dire Frank. « Ils veulent savoir comment ils peuvent en faire plus. »
« Il peut être avantageux de créer une prospérité résiliente, durable et multigénérationnelle pour leurs membres », déclare Rick. « L’immobilier est à l’abri des pandémies et des récessions. »
Les deux hommes ont déjà rencontré un autre groupe qui souhaite reproduire dans une autre partie de l’Ontario ce qu’ils ont vu à Belleville.
« Notre intention n’a jamais été de faire de ce projet un cas unique », déclare Rick. « L’objectif était de créer un prototype de collaboration entre toutes les parties prenantes. Telle est notre vision, tel est notre objectif. »
FAITS SAILLANTS
- L’Initiative des terrains fédéraux est dirigée par la SCHL avec le soutien de Services publics et Approvisionnement Canada, Infrastructure Canada et la Société immobilière du Canada
- Le projet a également reçu du financement initial et a bénéficié d’un soutien du Fonds pour le logement abordable.